Le chateau d'eau

Qui suis-je ?

Où vais-je ?

Le 9 octobre 1954, lors d’une cérémonie placée sous la présidence du ministre Henri Caillavet, on a ouvert le chantier de ma naissance.
Mon premier  «  géniteur » et pas des moindres s’appelait le Génie rural. En 1947, c’est lui qui avait cherché à savoir si j’avais le droit de naître et pourquoi. Il s’est avéré que je serais utile au développement économique agricole, à l’hygiène, à l’élevage et que je serai le grand frère de vingt-six parents proches.
Ensuite, on a recherché le meilleur endroit pour me concevoir et après de nombreuses études cliniques en tous genres on a pensé que c’était à Laplume.
Le 17 septembre 1947, le ministre de l’agriculture a donné le feu vert à ma conception.
La gestation a été longue comme vous pouvez le constater et… chère ! Les premières dépenses ont concerné ma « layette » En avril 1954, je coûtais 112 millions de francs mais ma naissance allait faire plaisir à 2 200 personnes. Beaucoup de parrains ont veillé sur moi, de Paris, de Pont-à-Mousson, de Montpellier, de Vénissieux et j’en oublie ! J’étais enfant de l’Etat, de la Caisse nationale de Crédit agricole, de la Caisse des Dépôts et Consignations. Dans ma première tranche d’âge, j’ai été évalué à 540 000 francs.
Le 17 novembre 1957, un Syndicat d’Agen a organisé mon « baptême » La liste des invités était très longue, je vous en fais grâce ! Depuis, beaucoup d’années ont passé. J’ai fièrement gardé ma place au milieu des platanes de mon village. Les uns m’ont trouvé utile et beau. D’autres ont râlé car je prenais trop de place !Actuellement, je ne remplis plus tout à fait les mêmes fonctions quoique je suis toujours aussi bonne poire (pour la soif ! ! !) J’ai vieilli !Je fais parfois grise mine et il m’arrive de pleurer sans raison. Que vais-je devenir ? J’ai entendu dire qu’on allait restaurer mon teint ! Et si c’était vrai ? Je pourrai alors continuer de me sentir utile chaque fois que le village organise une fête, que la pétanque cherche un abri, que les oiseaux viennent me parler .Et puis, j’ai aussi des admirateurs qui pensent que je suis un Château d’eau original avec ma « terrasse à l’étage » où j’aimerais bien vous inviter. Imaginez qu’un mécène tombe amoureux de moi et me transforme en œuvre d’art avec salon de thé, par exemple. Car, pour boire du thé, il faut de l’eau ! ! Pour le ricard aussi me direz-vous !

Lyliane Ménesplier

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Jean Mousquey